Hippies et Geeks, Même Combat ?

« In loyalty to their kind they cannot tolerate our minds ~ In loyalty to our kind we cannot tolerate their obstruction »

Jefferson Airplane Crown of Creation

Ce cri de guerre est plus que jamais d’actualité et pourrait figurer sur le fronton de Mutinerie, mais ne nous méprenons pas : un espace de coworking n’est pas une communauté hippie. La confusion est commune chez les profanes. Liberté, partage, communauté… ça nous rappelle quelque chose tout ça… et on voit comment ça a fini… Voici donc une petite mise au point.

Le rapport au progrès

Le mouvement hippie est largement dominé par une défiance vis-à vis-de la modernité et des avancées technologiques. Les nouvelles technologies sont surtout appréhendées comme une menace à notre bien-être.

Après les ravages de la seconde guerre mondiale, en pleine guerre du Vietnam, il est forcément difficile de louer un progrès technique qui sert surtout à tuer plus de gens plus facilement.

L’idéologie hippie dominante prône un retour à la nature, elle est emprunte d’une certaine nostalgie romantique. Comme chez Rousseau l’état sauvage est associé à une innocence heureuse. Le progrès en revanche, est dangereux. Nous sommes loin du geek overplugué insatiable de nouvelles découvertes technologiques. Le geek croit au progrès ; il y croit car il en bénéficie directement. Alors que la technologie était vue comme une arme à disposition des puissants, elle peut apparaitre aujourd’hui comme un instrument d’émancipation. Les révolutions arabes (dont nous ne connaissons pas encore les conséquences) ont pu avoir lieu en partie grâce à des objets technologiques très récents. De jeunes informaticiens y sont devenus des héros.

L’organisation de la communauté

Communauté ; un mot fortement associé à la culture hippie qui revient en force aujourd’hui. D’où quelques malentendus… Les communautés hippies se veulent être des sociétés idéales. Malheureusement, les expériences communautaires hippies ont souvent échouées sur le long terme car elles ne permettaient pas le renouvellement nécessaire du contrat social – et avec lui, c’est fatal, des membres constituant la communauté. Les communautés se sont souvent fossilisées autour d’idéaux trop éloignés de la réalité du terrain. Elle ont souffert d’une trop forte consanguinité.

Les désirs des humains évoluant sans cesse, la communauté doit être capable de s’adapter en permanence. Ex Fan des sixties, petite baby doll, sèche tes larmes. Exit la communauté idéale – bonjour la communauté optimale. Nous pouvons définir très simplement la communauté optimale comme celle qui articule au mieux liberté individuelle et intérêt commun.

La communauté optimale n’existe en fait qu’à un instant donné. Elle est constituée par des individus qui à un moment bien précis décident d’unir leurs efforts pour aller ensemble dans une direction commune selon un plan établi.

La communauté geek existe de fait. Alors que la communauté hippie se définit autour d’une sorte de profession de foi idéologique, la communauté geek prend d’abord son sens dans l’action.

La révolution digitale a considérablement fluidifié les rapports humains. Elle permet de trouver plus facilement les gens susceptibles de former une communauté réussie puisque n’importe qui peut potentiellement interagir avec le monde entier. D’où ce paradoxe d’une société individualiste où l’on ne cesse de parler de nouvelles communautés.

Ces nouvelles communautés sont incroyablement dynamiques. Leur niveau d’intelligence collective (crowdsourcing, cloud, open source) est infiniment supérieur aux anciennes. Les Anonymous ne vivent pas tous ensemble dans une ferme et ne se connaissent pas entre eux mais ils forment néanmoins une communauté efficace, unie ponctuellement autour d’objectifs concrets, rassemblée sous le même étendard.

Le mode opératoire

Les communautés hippies se sont constituées comme un rejet de la société de l’époque. Elles se définissent d’abord par opposition. Les hippies s’inscrivent en marge de la société dominante. À l’inverse, le geek va généralement chercher à agir au sein même du système.

Le hippie rejette le système, le geek hack le système.

Le mouvement hippie est fortement influencé par des artistes (musiciens, écrivains, peintres, poètes). Ils poussent un cri d’indignation face à un nouveau monde mercantile déshumanisé. Plus qu’une réelle alternative sociale, le mouvement hippie est surtout une salutaire prise de distance, un coup de pied dans la fourmilière.

Le cyber activiste (hacktiviste) cherche lui à construire un nouvel habitat viable. Il est plus concrètement tourné vers l’action. Il y a souvent chez les hippies un rejet de toute forme d’organisation. Or, une communauté doit être organisée pour être efficace. Les geeks à l’inverse sont obsédés par les nouveaux modes d’organisation.

Le geek n’est pas dans une logique de repli mais plutôt dans une dynamique d’infiltration.

Le mouvement hippie fait partie de notre patrimoine et les leçons ont été tirées. Cet élan a eu un impact global et définitif sur les mentalités. Certaines portes ont été ouvertes. D’autres seront bientôt crochetées.

 

  1. laurent basnier Répondre

    et bien non. il manque des dimensions.

    l’espace de liberté semble comparable – le geek est libre – très fort, la collaboration renforce – les moyens, l’intelligence, la coopération sont des moyens formidables.

    il manque une dimension évidente – le hippie – son age- son époque – se savait dépendant d’un substrat terrestre – sol, pétrole, nature, énergie, production, mode de production – l’homme malgré son intelligence indéniable est un animal sur la terre – berk.. c’est dégueulasse de parler de ça ici, aucun rapport avec la chair – dans la petitesse du hippie – dans son échec – il y a ce sol, ou la pourriture est nourriture – et peut être l’échec une réussite – qui sait – je te souhaite grande réussite geek – mais s’il te plait – n’oublie pas comment tu vis – comment tu créés – comment tu jettes – comment tu consommes – de quoi est constitué l’énergie que tu consommes – prends de la hauteur afin que ton intelligence soit efficace – le hippie a échoué – je souhaite que toi geek – tu réussisses.

    décembre 4th, 2011
    • Eric Répondre

      D’accord avec toi Laurent. L’idée n’est bien évidemment pas de condamner le mouvement hippie qui a été porteur de vraies espérance. L’ancrage sur la terre est également très important et doit rester ! Tu fais bien de le rappeller.

      décembre 6th, 2011
  2. RSE Répondre

    Bonjour,

    Tout d’abord bravo pour cet article intéressant !

    Je voulais juste en tant que responsable d’une organisation membre en esprit de la famille “hip” contemporaine, que le hippie tel que vous le décrivez existe bien historiquement ; seulement il s’agit là de la description d’UNE certaine tendance hippie, rien de plus.

    Certains d’entre-nous sont depuis le début des “intellectuels” engagés qui vivons au coeur même de la société comme n’importe quel citoyen lambda.

    Nous ne pouvons résumer la communauté hippie à ses communautés locales les plus illuminées. La Communauté hippie est plutôt une grande Famille spirituelle composés de membres frères dans l’âme mais très différents extérieurement.

    Parmi les hippies en conscience il y a des combattants sociaux et des combattants “mystiques”, et même des combattants à la fois mystiques et militants !

    Namasté ( comme on dit chez nous ! ) lol

    PH’ART
    Pour le Réseau des Eveillés

    mars 3rd, 2012
  3. Antoine van den Broek Répondre

    Merci pour votre commentaire.

    En effet, je me suis appuyé sur l’image historique du hippie “traditionnel” des années 60, 70. Celles-ci est sans doute un peu limitative, disons que c’est un archétype. La définition que vous utilisez est plus large.

    Complètement d’accord avec vous sur cette idée de famille spirituelle composée d’individus aux apparences très diverses. Je suis heureux de voir que vous faites vivre la flamme à votre manière.

    Namasté :)

    mars 5th, 2012

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